20.10.2008
Les 100 ans du futurisme au Centre Pompidou.
À grandes institutions, grands chantiers. Le Centre Pompidou répond à l’appel à l’occasion du centenaire (1909) de la publication du « Manifeste du Futurisme » du poète italien F. T. Marinetti.
Pour relever ce défi en « isme », rien de moins que 200 œuvres et une kyrielle de documents et de témoignages historiques et médiatiques. Sur ce point, saluons le commissaire de l’exposition Didier Ottinger en faisant la promotion de son excellent livre « Nom d’une pipe ! ou comment Magritte rêva d’expédier Hegel en vacances » L’Échoppe – 2007. Mais ceci… est une autre histoire !
Parmi les œuvres présentées, certaines d’entre elles méritent selon moi que l’on fasse l’effort de s’immerger dans un espace temps intime et subjectif nommé : contemplation.
Ainsi, pour approcher des yeux et du cœur « La Dryade » (1908) de Pablo Picasso ou encore pour le plaisir de taquiner le « Nu descendant l’escalier n°2 » (1912) de Marcel Duchamp en glanant du regard les petites inflexions graphiques et bédéistes (les amateurs de bandes dessinées me pardonnent ce néologisme) en forme d’arc de cercle qui ponctuent le tableau. Autant de signes qui désignent bien plus qu’ils n’insufflent la vie à une action qui pourrait se résumer à la décomposition d’un mouvement à l’arrêt dans un espace à deux dimensions.
Dans ce sens, bon nombre des œuvres signées par les artistes futuristes italiens me semblent très inégales. Où Duchamp peaufine son œuvre en fin stratège (grand amateur du jeu d’échecs et illustrateur, caricaturiste à ses débuts), les autres semblent convaincus de la pertinence à transcrire l’essence volatile d’un mouvement dans le suc figé de la matière picturale.
S’il est vrai qu’au cinéma, c’est l’économie des mots prononcés qui donne le plus la sensation du parlant ; en peinture la sensation du mouvement ne passe pas par sa décomposition fractale. À ce sujet, voir et revoir les travaux des ancêtres du cinématographe comme Étienne Jules Marey ou E. Muybridge qui bien avant les futuristes, se sont ingéniés à comprendre le mouvement, non au moyen de la peinture mais au travers de la photographie, en décomposant celui-ci image par image, image APRÈS image.
Sans oublier la facture qui caractérise la plupart de ces tableaux, c’est à dire, une touche néo pointilliste disposée systématiquement qui s’apparente tout au plus à un quelconque effet d’optique cinétique.
Pour mieux juger du fossé qui sépare les consignes de Marinetti de leur interprétation picturale, je vous suggère de lire le « Manifeste » publié à la une du Figaro en 1909 et les diverses coupures de journaux qui l’accompagnent. Il s’agira de vous embarquer dans un minutieux travail de déchiffrage et si votre vue n’a pas baissée vous conviendrez que c’est bien notre époque toute entière qui a la vue qui baisse ! Car au début du XXe siècle, la presse encore abondamment lue, composait ses textes dans d’étroites colonnes ornées d’un caractère typographique de petite taille (corps 8 environ)…
Enfin, ne manquez pas de lire (dans de meilleures conditions cette fois) le « Manifeste » de Valentine de St Point en salle 5, sa revendication de la luxure figure le point d’orgue édifiant et sulfureux de la pensée futuriste dans sa version française.
Apologie du mouvement associé à la vitesse et à la toute puissance présumée de la technologie. Envolées lyriques adressées à la virilité et à la brutalité pour exalter les vertus de la guerre. Négation de l’héritage des anciens et appel à la destruction par le feu des musées et des bibliothèques, etc…
L’acharnement que recèle les écrits d’un Marinetti ou d’une St Point traduit une volonté farouche de renverser le vieux monde avec ce qui fera la signature de la plupart des avant-gardes qui succéderont au futurisme : la provocation.
Une fougue nihiliste dont l’histoire nous apprendra plus tard qu’elle inspirera de près le fascisme de Mussolini.
Pourtant à la différence des Dadaïstes dont la créativité l’emporte de très loin sur le seul phénomène de subversion, les peintres italiens futuristes me semblent bien décevants quant à leur manque d’aptitude à réinventer leur médium.
Ce sont les musées, ceux-là mêmes qu’ils vouaient aux flammes, qui aujourd’hui en témoignent…
oeuvre1visible
19:50 Ecrit par André HOUILLE dans Tendances | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : futurisme, exposition, marinetti, ottinger
