08.10.2008

La "recomposition du monde" passe par la crise financière...

La crise financière concentre les caractéristiques clés de notre époque : globalisation du monde et effet domino de la crise, dématérialisation et virtualité de l'argent, hyper-médiatisation, hypervitesse et hypervolatilité des cours, peopolisation du phénomène et amplification de l'émotionnel (la bourse heure après heure en live), effets d'annonce qui peut ressembler à de la désinformation ("c'est catastrophique"... "mais non ce n'est pas si grave..."), perte de confiance généralisée, perte de sens et des repères traditionnels et appel à définir une nouvelle morale de l'argent... (Hubert de Vauplane- Philosophie magazine octobre 2008)...

Les commentaires des chroniqueurs économiques et traders interrogés aujourd'hui par le journal le Monde semble acter que la "recomposition du monde" dont nous parlons dans notre Carnet de tendances est en marche, celle-ci signifie recomposition des identités géo-politiques et économiques sur fond de crise du modèle de développement capitaliste des sociétés occidentales ... Cette recomposition du monde semble passer par la crise financière et la "refondation" du capitalisme... mais il semble que personne ne sache vraiment le visage qu'aura le monde après la tempête boursière, alors que les traders pensent à leur reconversion ...

Quelques morceaux choisis:

"L'impression générale est que nous sommes entrés dans un grand chaos, une sorte de fin d'époque et que plus rien ne sera jamais comme avant. Les bureaux se vident, les visages sont livides et prennent des rides. Toute action est un bide. La grande machine à faire de l'argent s'est grippée. Les modèles ne marchent plus" Samuel Gaston

"Ce qui est nouveau, c'est que toutes les règles volent en éclat : il faut revoir toutes nos stratégies"...Christophe Ange

"Ce qui m'impressionne le plus depuis le début de cette crise, ce ne sont pas tant les mouvements du marché (il y en a eu d'autres) mais bien l'énorme crise de confiance dont souffrent les banques, c'est le système complet qui se retrouve mis en question". Christophe Ange

"Le monde ira-t-il mieux après ? Je ne peux que l'espérer... Cependant, avant de s'en prendre aux traders, il faut voir que le système global était contraignant,Il était impossible, sans perdre son job, de garder une quelconque éthique et de garder un quelconque sens des réalités". Christophe Ange

"La première remarque serait que les marchés surprennent par la violence de leurs mouvements et sont donc éreintants. La volatilité impose de passer à des échelles de temps très rapides en marge, voire au dehors de la "zone de confort" à laquelle on est habitués". Simplet

"Dans ce contexte, on comprend toute la pertinence de l'analyse économique de Jim Rogers dans "Hot Commodities" ou il entrevoit le passage entre une domination américaine à la chinoise dans les dix prochaines années"
. Franck Pradier

Notre époque marquée par la civilisation de l'image et du virtuel est à la recherche de sensations, "le grand frisson" a emporté le système financier et a allumé le feu... mais j'ai peur que Super Pompier soit resté coincé dans Second Life...

Picasso et les maîtres

Cette exposition qui s'annonce grande par sa forme en triptyque (pas moins que les musées d'Orsay, du Louvre et du Grand Palais réunis), par la qualité incontestée à notre époque des o+euvres accrochées aux cimaises, par encore la fougue et la presque arrogance de la commissaire d'exposition et conservateur du musée Picasso Anne Baldassari, sans omettre bien sûr l'affluence estimée des files d'attente comme d'ors et déjà record.

Pourtant ce n'est pas la notion d'évènement ou la dimension iconique de l'artiste ou encore l'invitation faite à Daniel Buren qui qualifie son intervention d'irrévérencieuse qui retiennent mon attention.

Peindre selon Picasso, c'est aussi faire o+euvre de mémoire, art de l'orateur qui dès l'Antiquité habille les mots qui jaillissent de ses lèvres d'une image à retenir, une image localisée au sein d'un lieu propre à son imaginaire. Acter par le souvenir c'est à dire, conjuguer les temps du présent.

En ce sens, Picasso me semble être un héritier de la pensée de Charles Baudelaire qui dans son Salon de 1846 écrivait : " J'ai déjà remarqué, que le souvenir était le grand criterium de l'art : l'art est une mnémotechnie du beau."

Aussi, certaines o+euvres deviennent majeures en tant que d'autres artistes sauront aussi s'en emparer pour activer leur souvenir, non par le plagiat ou la seule citation mais par leur capacité à réinventer celles-ci. Edouard Manet qui inspirera Picasso ne manque pas d'évoquer des maîtres de la Renaissance tels que Raphaël (un détail de son Jugement de Pâris gravé par Marcantonio Raimondi est repris au centre du tableau Le Déjeuner sur l'Herbe). Je vous renvois à ce propos, au livre du théoricien de l'art Hal Foster ("Design & Crime" Ed. Les Prairies Ordinaires).

Pour ma part, je compte bien aller (tenter) voir cette exposition affamé par le fumet auratique et médiatique. Suite séquencielle étourdissante de noms communs, épouvantails de lumière sans cesse revenus des limbes de l'histoire de l'art de l'Occident : Rembrandt, Velasquez, Manet, Picasso...

oeuvre1visible

06.10.2008

"a girl with a gun"...

4-mousquetaires.jpg


Peu avant de recevoir le coup de poing au ventre qui allait le terrasser, Robert Houdini assista à une séance de théâtre-cinématographique au Gaumont Palace, la salle la plus grande du monde qui comptait 3400 places en 1910.

Léon Gaumont et ses associés Gustave Eiffel, Joseph Vallot et Alfred Besnier avaient très tôt anticipé que le cinéma deviendrait une industrie du divertissement.

"A movie, it's a girl with a gun." déclara des années plus tard Irving Tahlberg, censeur et maître absolu de la production à la Metro-Goldwyn-Mayer. Une pensée depuis rapportée par la voix off armée d'un cigare de Jean-Luc Godard, inspirant, expirant et bouffant dans ses histoires du cinéma.

"Art gratia artis." (L'art est la récompense de l'art) telle était la devise du studio américain. Fameuse ou fumeuse théorie de l'impact de l'image en mouvement sur les masses, car selon les uns rien que de plus salutaire pour l'esprit que de le divertir quand pour d'autres il n'y aurait là que manipulation et engourdissement neuronal...
Peu au fait de ces querelles manichéennes, Houdini fut extrèmement déçu car il ne trouva pas le film à son goût.
"Et ils appellent ça de la magie!" lâcha t-il dégouté à sa compagne qui d'amante était devenue une confidente. Puis ils s'en furent, l'une retrouver son garni, l'autre ad patres. À l'arrêt ou en mouvement, une image ne saurait arrêter le temps, le distendre tout au plus.

oeuvre1visible