23.10.2008
LA FAMILLE SURICATE OU SAVEZ-VOUS PARLER LE SINGE ?
Billet d’humeur vacharde à propos du monde animal tel qu’il est vu par l’espèce humaine…
Parlez-vous aux petits oiseaux ? Votre meilleur ami est-il un faon ?
À moins que vous vous preniez pour Saint François d’Assise ou pour Blanche Neige et auquel cas consultez au plus vite un spécialiste, je parierai que non.
Je parierai que non quand bien même seriez-vous ventriloque, transformiste ou zoophile…
Durant la guerre, les gens n’y pipaient mot eux non plus, pourtant à l’époque, ils ont dû se nourrir d’un aliment affublé de l’étrange sobriquet de « singe ».
Association animalière indigeste qui désignait le fameux Corned-beef enfouit dans le paquetage réglementaire du soldat américain.
Rock’n’roll, Zippo, chewing-gum, Coca Cola et du courage à gogo dans sa besace sans oublier le chocolat et les cigarettes Lucky Strike. D’ailleurs qui a jamais vu le soldat Ryan prendre le risque insensé de distribuer du bœuf gélatineux aux populations démunies?
Bref, nous mangeons des bêtes mais nous sommes sans doute trop bêtes pour connaître leur langage.
Vous comprendrez alors mon étonnement quand, quittant les plages du débarquement, j’arpentais les couloirs du métro encore bombardés de nos jours, par des nuées d’affiches publicitaires.
Entre la promotion d’une pizza gourmande dont vous me direz des nouvelles si vous la croisez vers 8 h du matin, un parfum pour messieurs fringants et le décolleté d’une dame me vantant un épluche-légumes, je tombais en arrêt devant une affiche de cinéma : LA FAMILLE SURICATE.
Ô charme et innocence du monde animalier orné d’un petit joyau de signature :
« Une famille comme la vôtre ».
Sur un décor de Savane nimbé de tons sépias et douceâtres, voici le papa, la maman et leur couvée d’angelots à poil long.
- Une famille comme la mienne ? Me demandais-je justement un poil décontenancé.
Je dénombre alors 5 bambins quand je ne suis le père que d’un seul, en quoi il ne me semble pas être une énigme aux yeux de notre époque urbaine et contemporaine.
- Quel idiot je fais ! Les animaux, c’est bien connu, se reproduisent comme des lapins.
Mais autre chose me met la puce à l’oreille... Regardez de plus près, je vous prie, la répartition des rôles au sein de cette famille « comme la vôtre ».
Le père s’est dressé sur son séant comme pour me rappeler mon état de bipède. Il domine son petit monde, la posture aux aguets du protecteur vigilant quand la mère légèrement recroquevillée materne d’amour et de réconfort sa progéniture.
- Quel imbécile je fais ! Tout ceci ne saurait être autre chose qu’une parabole. Une douce mélopée archétypale à faire frémir d’aise Carl Gustav Jung et ses disciples.
Il n’y a que les animaux et mes grands parents qui ont fait la guerre pour se comporter de la sorte…
Ô discours à tiroirs des images communiquantes, d’autres plus méchants et plus bêtas que moi auraient déjà lâchés les Chiennes de Garde !
Ceux parmi vous qui auront vus le film m’en diront peut-être grand bien et pourquoi pas ! Je ne comptais pas tirer de conclusions hâtives à propos d’un film que je n’ai pas vu pour ma part mais j’espérais attirer votre attention sur son support de communication.
Les documentaires animaliers font florès ces derniers temps et c’est tant mieux si certains d’entre eux résistent un tant soit peu à l’ouragan de l’entertainment disneyien (j’assume ce néologisme barbare).
Cependant, je crois que le monde animal n’a pas grand chose à voir avec ce type de narration surfant sur la mode du « Storytelling ». Vanité du genre Homo sapiens sapiens qui voudrait assujettir la compréhension du monde à la seule lueur de son regard.
- Quel crétin je fais ! J’ai compris, la Famille Suricate c’est la Famille Ingalls…
André Houllier
oeuvre1visible
16:02 Ecrit par dans analyse iconologique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, écrans, anthropomorphisme
20.10.2008
Les 100 ans du futurisme au Centre Pompidou.
À grandes institutions, grands chantiers. Le Centre Pompidou répond à l’appel à l’occasion du centenaire (1909) de la publication du « Manifeste du Futurisme » du poète italien F. T. Marinetti.
Pour relever ce défi en « isme », rien de moins que 200 œuvres et une kyrielle de documents et de témoignages historiques et médiatiques. Sur ce point, saluons le commissaire de l’exposition Didier Ottinger en faisant la promotion de son excellent livre « Nom d’une pipe ! ou comment Magritte rêva d’expédier Hegel en vacances » L’Échoppe – 2007. Mais ceci… est une autre histoire !
Parmi les œuvres présentées, certaines d’entre elles méritent selon moi que l’on fasse l’effort de s’immerger dans un espace temps intime et subjectif nommé : contemplation.
Ainsi, pour approcher des yeux et du cœur « La Dryade » (1908) de Pablo Picasso ou encore pour le plaisir de taquiner le « Nu descendant l’escalier n°2 » (1912) de Marcel Duchamp en glanant du regard les petites inflexions graphiques et bédéistes (les amateurs de bandes dessinées me pardonnent ce néologisme) en forme d’arc de cercle qui ponctuent le tableau. Autant de signes qui désignent bien plus qu’ils n’insufflent la vie à une action qui pourrait se résumer à la décomposition d’un mouvement à l’arrêt dans un espace à deux dimensions.
Dans ce sens, bon nombre des œuvres signées par les artistes futuristes italiens me semblent très inégales. Où Duchamp peaufine son œuvre en fin stratège (grand amateur du jeu d’échecs et illustrateur, caricaturiste à ses débuts), les autres semblent convaincus de la pertinence à transcrire l’essence volatile d’un mouvement dans le suc figé de la matière picturale.
S’il est vrai qu’au cinéma, c’est l’économie des mots prononcés qui donne le plus la sensation du parlant ; en peinture la sensation du mouvement ne passe pas par sa décomposition fractale. À ce sujet, voir et revoir les travaux des ancêtres du cinématographe comme Étienne Jules Marey ou E. Muybridge qui bien avant les futuristes, se sont ingéniés à comprendre le mouvement, non au moyen de la peinture mais au travers de la photographie, en décomposant celui-ci image par image, image APRÈS image.
Sans oublier la facture qui caractérise la plupart de ces tableaux, c’est à dire, une touche néo pointilliste disposée systématiquement qui s’apparente tout au plus à un quelconque effet d’optique cinétique.
Pour mieux juger du fossé qui sépare les consignes de Marinetti de leur interprétation picturale, je vous suggère de lire le « Manifeste » publié à la une du Figaro en 1909 et les diverses coupures de journaux qui l’accompagnent. Il s’agira de vous embarquer dans un minutieux travail de déchiffrage et si votre vue n’a pas baissée vous conviendrez que c’est bien notre époque toute entière qui a la vue qui baisse ! Car au début du XXe siècle, la presse encore abondamment lue, composait ses textes dans d’étroites colonnes ornées d’un caractère typographique de petite taille (corps 8 environ)…
Enfin, ne manquez pas de lire (dans de meilleures conditions cette fois) le « Manifeste » de Valentine de St Point en salle 5, sa revendication de la luxure figure le point d’orgue édifiant et sulfureux de la pensée futuriste dans sa version française.
Apologie du mouvement associé à la vitesse et à la toute puissance présumée de la technologie. Envolées lyriques adressées à la virilité et à la brutalité pour exalter les vertus de la guerre. Négation de l’héritage des anciens et appel à la destruction par le feu des musées et des bibliothèques, etc…
L’acharnement que recèle les écrits d’un Marinetti ou d’une St Point traduit une volonté farouche de renverser le vieux monde avec ce qui fera la signature de la plupart des avant-gardes qui succéderont au futurisme : la provocation.
Une fougue nihiliste dont l’histoire nous apprendra plus tard qu’elle inspirera de près le fascisme de Mussolini.
Pourtant à la différence des Dadaïstes dont la créativité l’emporte de très loin sur le seul phénomène de subversion, les peintres italiens futuristes me semblent bien décevants quant à leur manque d’aptitude à réinventer leur médium.
Ce sont les musées, ceux-là mêmes qu’ils vouaient aux flammes, qui aujourd’hui en témoignent…
oeuvre1visible
19:50 Ecrit par dans Tendances | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : futurisme, exposition, marinetti, ottinger
13.10.2008
Andrea Mantegna le jour du Seigneur...
Qu’on se rassure point de prosélytisme dans ce billet d’humeur. Une accroche tout au plus car question jeux de mots et foi d’Andrea, Bobby Lapointe lui, en connaît un rayon…
Je ne sais quel conservateur de musée ou pédagogue avisé déclarait dans Beaux Arts magazine : « Si vous n’avez pas emmené un enfant au musée avant l’âge de 7 ans, il n’y mettra jamais les pieds. »
Ployant sous la charge de notre irresponsabilité parentale, nous décidons sans plus attendre, femme et enfant, de nous rendre au Louvre. Nous optons pour le dimanche matin du 12 octobre, dès l’ouverture, confiants en l’idée que les uns feraient grasse matinée ou s’époumoneraient au grand air quand d’autres s’acquitteraient de l‘office de leur convenance.
Je vous entend ricaner, ô lecteur de la toile ! En effet, c’était oublier un peu vite la mondiale renommée de ce temple des arts et les 75% de touristes qui viennent y sacrifier. Une statistiques des plus sérieuse rapportée par un conservateur des peintures du Louvre qui voudra bien m’excuser d’avoir oublié son nom. Caractéristique comportementale analysée, il s’avère que ces visiteurs, en groupe, en grappe et en foultitude parcourent au pas de charge les quelques kilomètres de cimaises quêtant fiévreusement la pause salutaire qui les attend devant l’écrin blindé du « plus beau tableau du monde ».
Sur ce point, j’affirme que Marcel Duchamp avait tort car il est ainsi démontré que ce n’est pas elle qui « L.H.O.O.Q. » mais bien ses inconditionnels dont il serait intéressant d’étudier de plus près en quoi « le regardant fait l’œuvre » toujours pour paraphraser « Duche ». (Pas de familiarité de ma part, je vous renvois à ce propos au livre passionnant de Bernard Marcadé concernant Marcel Duchamp.)
Mais revenons à l’exposition Mantegna dont nous franchissons les portes après nous être acquittés de la somme 19 euros. Ceux qui l’auront visitée en nocturne auront sans doute appréciés l’intimité du dispositif scénique de cette exposition. Lumières tamisées, murs peints de couleurs douces comme ce vert d’eau par exemple, pour rompre avec le blanc muséal, couloirs étroits (largeur maximale d’environ 4 mètres) débouchant en clairière sur des salles un peu plus vastes en réponse à l’aura de certaines peintures. Le minimum de recul souhaitable pour apprécier le sculptural Saint Sébastien dépouillé des ors encombrants de son encadrement, sans manquer à l’appel irrésistible des deux archers aux rudes faciès décapités par le bord inférieur droit du tableau.
Pourtant cette description doit à peu près tout à une mémoire bien antérieure à ce dimanche matin du 12 octobre. Car à cet instant, la contemplation avait fait place au spectacle d’un incommensurable embouteillage. À quand un GPS distribué gratuitement pour localiser la Joconde ?... Las, parcourant les têtes dégarnies, les cheveux luisants de gel, on en serait presque venu à bénir notre époque où le couvre-chef semble être tombé en désuétude…
Luttant du soupir et des épaules tel un Courbet, il était possible d’entrevoir un dessin de Léonard mais point de dialogue des yeux et du cœur avec l’image sagement étrangère à cette pagaille bariolée. À force de persévérance et de genoux flexions, les enfants happés par les bras de leurs parents pouvaient espérer profiter un court instant du panorama quand d’autres en bas âge poussaient des hurlements comme si les branches d’un arbre se refusaient à eux, faisant en ce sens preuve d’une grande lucidité…
Entendons-nous, ce témoignage n’a pas vocation à stygmatiser les touristes qui veulent bien se délester de leurs devises en notre beau pays, pas plus que les parents soucieux de leur progéniture qui font tant bien que mal avec les rythmes effrénés de leurs emplois du temps. Si je fais ici, l’économie (il en est question !) de ce que j’espère avoir été perçu comme de l’humour, c’est que je crois qu’il y aurait quelques raisons à s’interroger sur le processus des évènements culturels et leurs déploiements à grands frais médiatiques quand dans le même temps il devient impossible d’approcher de près comme de loin les œuvres. Sans pour autant adhérer en bloc aux propos de Jean Clair force m’est de leur reconnaître une réelle acuité. Car ouvrir les musées au plus grand nombre certes, mais dans quelles conditions et pour en retenir quoi ?
Bien cordialement,
André Houllier
http://www.oeuvre1visible.org
12:40 Ecrit par dans promenade | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

