27.07.2008
Victimes de l'hypervitesse...
Et si le danger de la vitesse n'était plus seulement celui des accidents de la route ? aujourd'hui, l'hypervitesse dans laquelle nous a projeté le temps des NTIC peut entraîner le court circuit de nos réseaux neuroniques et créer des amnésies ... parfois mortelles
"La grande vitesse" dans laquelle nous vivons témoigne du bouleversement de notre rapport au temps et à l'espace amené par les nouvelles technologies de l'information et de la communication. Ce nouvel espace-temps de la cyberculture nous déterritorialise et nous projette dans un présent perpétuel*.... il s'accompagne d'une frontière de plus en plus tenue entre réalité et virtuelle...
L'intensification de la compétition économique, l'augmentation des inter-connexions et la convergence des NTIC semble récemment avoir entraîné une accélération supplémentaire du temps que nous pourrions appeler "L'hypervitesse". Dans ce contexte, certains vécus professionnels ressemblent à des voyages intersidéraux. Une fois embarqué dans l'hypervitesse extra performante de la machine, l'être humain semblent s'exclure de la réalité qui l'entoure. L'espace temps se distord, le temps lent de la réalité apparaît dissonant, le proche devient lointain, le voyageur subit une forme de dépossession de soi comparable à celles décrites dans les cas des cyberaddictions aux jeux en ligne...
Les drames sidérants de juillet où des enfants oubliés dans la voiture sont morts de déshydratation sont probablement les premiers signes de cette dangerosité née de l'incompatibilité entre l'hypervitesse et la vie tout court...
Face à ces morts d'enfants, la question lancinante que tout le monde se pose est : "mais comment peut-on oublié un enfant de 3 ans dans une voiture?". On pense immédiatement à la maltraitance, à un désordre psychiatrique, à un état dépressif ou à la prise de drogue.... aucune de ces explications ne résoud l'énigme.
Les réactions émotionnelles sidérées des parents après le drame et leur hyperdouleur qui ont projeté certains dans le temps déréglé de la folie, tend à faire penser qu'ils s'agissaient de parents comme d'autres... juste atteint d'une forme "d'absence" au monde et à eux-même, victime d'une perte de mémoire passagère... Ces évènements sont peut-être le signal qu'une limite a été franchie et que l'hypervitesse est incompatible avec le temps de l'enfant qui est aussi celui de "l'être au monde"...
Face à l'accélération du temps, deux réponses sociétales apparaissent. La première est le "ralentissement" qui prône un retour à une forme de lenteur et à un réenracinnement dans le temps du corps... une forme de retour à la sagesse en phase avec les aspirations éthiques de notre époque. La seconde que nous avons appelé "Immortalité" est une proposition d'adaptation de l'être humain à l'espace/temps de la machine. Il s'agit de dépasser les limites de notre humanité actuelle et d'inventer un "nouvel homme" immortel, physiquement parfait et plus performant : une sorte d'avatar de chair et de technologies ... Cette tendance est aujourd'hui largement relayée par le transhumanisme et ses projets de fusion entre intelligence humaine et nouvelles technologies. Il s'agirait en effet de "doper" nos cerveaux dont la lenteur de la centaine de milliards de connexions devient incompatible avec le temps des nouvelle technologies... Un scénario possible qui aujourd'hui ne relève plus seulement de la science fiction...
Si le père de la petite Zoé 3 ans, cadre dans une grande entreprise, avait été le fruit de cet fusion homme-machine on peut en effet penser qu'au moment de fermer sa voiture à clef, un circuit neuronal spécial ou une mémoire de secours lui aurait permis de détecter la présence anormale de l'enfant dans sa voiture... Peut-être que la mort de ces deux enfants nous avertit que nous entrons dans un moment inédit de l'histoire de notre espèce : celui où il nous faut décider du type d'humanité vers lequel nous désirons évoluer.
Sylvie Pouilly
* cf Carnet de Tendances
21:56 Ecrit par dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note