13.10.2008

Andrea Mantegna le jour du Seigneur...

Qu’on se rassure point de prosélytisme dans ce billet d’humeur. Une accroche tout au plus car question jeux de mots et foi d’Andrea, Bobby Lapointe lui, en connaît un rayon…

Je ne sais quel conservateur de musée ou pédagogue avisé déclarait dans Beaux Arts magazine : « Si vous n’avez pas emmené un enfant au musée avant l’âge de 7 ans, il n’y mettra jamais les pieds. »

Ployant sous la charge de notre irresponsabilité parentale, nous décidons sans plus attendre, femme et enfant, de nous rendre au Louvre. Nous optons pour le dimanche matin du 12 octobre, dès l’ouverture, confiants en l’idée que les uns feraient grasse matinée ou s’époumoneraient au grand air quand d’autres s’acquitteraient de l‘office de leur convenance.

Je vous entend ricaner, ô lecteur de la toile ! En effet, c’était oublier un peu vite la mondiale renommée de ce temple des arts et les 75% de touristes qui viennent y sacrifier. Une statistiques des plus sérieuse rapportée par un conservateur des peintures du Louvre qui voudra bien m’excuser d’avoir oublié son nom. Caractéristique comportementale analysée, il s’avère que ces visiteurs, en groupe, en grappe et en foultitude parcourent au pas de charge les quelques kilomètres de cimaises quêtant fiévreusement la pause salutaire qui les attend devant l’écrin blindé du « plus beau tableau du monde ».
Sur ce point, j’affirme que Marcel Duchamp avait tort car il est ainsi démontré que ce n’est pas elle qui « L.H.O.O.Q. » mais bien ses inconditionnels dont il serait intéressant d’étudier de plus près en quoi « le regardant fait l’œuvre » toujours pour paraphraser « Duche ». (Pas de familiarité de ma part, je vous renvois à ce propos au livre passionnant de Bernard Marcadé concernant Marcel Duchamp.)

Mais revenons à l’exposition Mantegna dont nous franchissons les portes après nous être acquittés de la somme 19 euros. Ceux qui l’auront visitée en nocturne auront sans doute appréciés l’intimité du dispositif scénique de cette exposition. Lumières tamisées, murs peints de couleurs douces comme ce vert d’eau par exemple, pour rompre avec le blanc muséal, couloirs étroits (largeur maximale d’environ 4 mètres) débouchant en clairière sur des salles un peu plus vastes en réponse à l’aura de certaines peintures. Le minimum de recul souhaitable pour apprécier le sculptural Saint Sébastien dépouillé des ors encombrants de son encadrement, sans manquer à l’appel irrésistible des deux archers aux rudes faciès décapités par le bord inférieur droit du tableau.

Pourtant cette description doit à peu près tout à une mémoire bien antérieure à ce dimanche matin du 12 octobre. Car à cet instant, la contemplation avait fait place au spectacle d’un incommensurable embouteillage. À quand un GPS distribué gratuitement pour localiser la Joconde ?... Las, parcourant les têtes dégarnies, les cheveux luisants de gel, on en serait presque venu à bénir notre époque où le couvre-chef semble être tombé en désuétude…

Luttant du soupir et des épaules tel un Courbet, il était possible d’entrevoir un dessin de Léonard mais point de dialogue des yeux et du cœur avec l’image sagement étrangère à cette pagaille bariolée. À force de persévérance et de genoux flexions, les enfants happés par les bras de leurs parents pouvaient espérer profiter un court instant du panorama quand d’autres en bas âge poussaient des hurlements comme si les branches d’un arbre se refusaient à eux, faisant en ce sens preuve d’une grande lucidité…


Entendons-nous, ce témoignage n’a pas vocation à stygmatiser les touristes qui veulent bien se délester de leurs devises en notre beau pays, pas plus que les parents soucieux de leur progéniture qui font tant bien que mal avec les rythmes effrénés de leurs emplois du temps. Si je fais ici, l’économie (il en est question !) de ce que j’espère avoir été perçu comme de l’humour, c’est que je crois qu’il y aurait quelques raisons à s’interroger sur le processus des évènements culturels et leurs déploiements à grands frais médiatiques quand dans le même temps il devient impossible d’approcher de près comme de loin les œuvres. Sans pour autant adhérer en bloc aux propos de Jean Clair force m’est de leur reconnaître une réelle acuité. Car ouvrir les musées au plus grand nombre certes, mais dans quelles conditions et pour en retenir quoi ?

Bien cordialement,
André Houllier

http://www.oeuvre1visible.org

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