08.10.2008

Picasso et les maîtres

Cette exposition qui s'annonce grande par sa forme en triptyque (pas moins que les musées d'Orsay, du Louvre et du Grand Palais réunis), par la qualité incontestée à notre époque des o+euvres accrochées aux cimaises, par encore la fougue et la presque arrogance de la commissaire d'exposition et conservateur du musée Picasso Anne Baldassari, sans omettre bien sûr l'affluence estimée des files d'attente comme d'ors et déjà record.

Pourtant ce n'est pas la notion d'évènement ou la dimension iconique de l'artiste ou encore l'invitation faite à Daniel Buren qui qualifie son intervention d'irrévérencieuse qui retiennent mon attention.

Peindre selon Picasso, c'est aussi faire o+euvre de mémoire, art de l'orateur qui dès l'Antiquité habille les mots qui jaillissent de ses lèvres d'une image à retenir, une image localisée au sein d'un lieu propre à son imaginaire. Acter par le souvenir c'est à dire, conjuguer les temps du présent.

En ce sens, Picasso me semble être un héritier de la pensée de Charles Baudelaire qui dans son Salon de 1846 écrivait : " J'ai déjà remarqué, que le souvenir était le grand criterium de l'art : l'art est une mnémotechnie du beau."

Aussi, certaines o+euvres deviennent majeures en tant que d'autres artistes sauront aussi s'en emparer pour activer leur souvenir, non par le plagiat ou la seule citation mais par leur capacité à réinventer celles-ci. Edouard Manet qui inspirera Picasso ne manque pas d'évoquer des maîtres de la Renaissance tels que Raphaël (un détail de son Jugement de Pâris gravé par Marcantonio Raimondi est repris au centre du tableau Le Déjeuner sur l'Herbe). Je vous renvois à ce propos, au livre du théoricien de l'art Hal Foster ("Design & Crime" Ed. Les Prairies Ordinaires).

Pour ma part, je compte bien aller (tenter) voir cette exposition affamé par le fumet auratique et médiatique. Suite séquencielle étourdissante de noms communs, épouvantails de lumière sans cesse revenus des limbes de l'histoire de l'art de l'Occident : Rembrandt, Velasquez, Manet, Picasso...

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17:39 Ecrit par André HOUILLE dans promenade | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

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