12.11.2008
Bonjour monsieur Courbet!
- Bonjour monsieur Courbet.
Personne n’a dit mot et le chien n’a pas même aboyé. Ce phylactère ne flotte pas dans le ciel suspendu aux lèvres de l’un des trois hommes. Il s’agit du titre de l’œuvre : « La rencontre ou bonjour monsieur Courbet »
(1854 – 129 X 149 cm, Montpellier, musée Fabre).
Les bouches ne s’animent pas sous l’action des maxillaires pourtant ce titre n’a pas qu’une fonction descriptive, il porte en lui la parole d’une image fixe convertie au mouvement du sens. Qui a parlé ? Se demande t-on.
- Drôle d’endroit pour une rencontre… ou une sensation en deux dimensions.
Un plateau ovale sablonneux recadré par un peu de rocaille et une végétation rampante domine le panorama d’une vallée.
Les plans semblent si proches les uns des autres qu’ils pourraient presque se rabattre vers nous avant de ne se fondre dans la clarté bleutée d’une ligne d’horizon.
Quelques rares accidents ponctuent cette étendue océanique, arbres ou arbustes aux proportions équivoques, maisons adossées à la courbe sensuelle d’un vallon. Comment qualifier cet objet en partie immergé dans l’ombre du personnage de droite ? Une borne kilométrique ? Mais elle paraît bien petite… Une pierre plate érigée en une stèle minuscule ?
Ces questionnements inhérents à la confusion des échelles traduisent un paysage mentalement fabriqué plus enclin à la symbolique qu’à une volonté de mimesis avec la réalité. C’est que la peinture de Courbet relève du paradigme de l’atelier quand d’autres artistes, quelques années plus tard traqueront les « impressions » de la lumière à même le motif.
- Les jeux d’optiques d’un décor de théâtre.
Observez le raccourci improbable qu’emprunte le chemin pour s’extraire du plateau central sur lequel se déroule la scène. Un zigzag contraint nous mène en contrebas à une diligence qui s’apprête à sortir du champ de vision du tableau. Vecteur d’un mouvement pré cinématographique, la diligence élargit notre champ du visible en nous amenant à anticiper la course du véhicule, tel une image appelle une autre image.
Mais revenons à la scène car il s’agit à mon sens, d’un espace scénique théâtralisé.
Le peintre à l’autoportrait idéalisé croise sur son chemin son collectionneur et mécène Alfred Bruyas humblement secondé par son serviteur Calas et son chien Breton (l’un chante, l’autre écrit ? ;)). Quand le « réalisme » de Courbet se distingue à son époque en regard des sujets sociétaux qu’il aborde, ici la reconnaissance du statut de l’artiste, sa manière de peindre demeure proche de l’héritage des classiques. Aussi, je fais l’hypothèse distrayante que tel un Poussin, il aurait pu appréhender l’espace pictural en ayant recours à la réalisation d’une maquette.
- Hiérarchie des personnages, hiérarchie du discours.
La figure hiératique du peintre est renforcée au moyen du dispositif formel établit par Courbet. En s’amusant au jeu des proportions, on pourra dénombrer un peu plus de sept têtes dans le corps du peintre quand le riche bourgeois en compte un peu moins de six et son serviteur un peu plus de cinq.
Un peu à l’instar de la statuaire égyptienne, l’importance d’une figure est concomitante de l’échelle qui lui est attribuée. D’ailleurs, le profil épuré et la barbe noire géométrisante de l’artiste ne vont pas sans m’évoquer un roi de l’Antiquité…
- Sens et facture.
Courbet utilise des moyens plastiques et des artifices visuels au service d’une allégorie et la portée de son message symbolique semble retenir toute son attention. Il ne s’interdit pas les repentirs, observez dans la figure du peintre, la partie bouffante du pantalon à hauteur de sa cheville gauche qui a été élargie pour tenter de renforcer une assise au sol délicate.
Observez encore la retouche effectuée sur le manteau rouge que porte le serviteur à hauteur de sa canne. La pointe triangulaire jugée sans doute trop présente a été légèrement fondue dans l’arrière plan au moyen d’un glacis.
Malgré le subterfuge des ombres portées, les quatre figures semblent léviter très légèrement. Il n’est pas tant question de contact ou d’étreinte des corps mais plutôt de la rencontre des valeurs de deux mondes si longtemps demeurés étrangers l’un pour l’autre. Ici, Courbet participe à la construction de l’image mythique de l’artiste libre, sans entrave voire narcissique qui continue à conditionner pour partie notre perception contemporaine.
- Détail ou punctum ?
Les questions demeurent bien sûr et c’est en cela qu’elles fortifient les interprétations. Parmi celles-ci, je m’interroge sur la préhension main/chapeau du collectionneur et du serviteur. Bruyas semble pincer étrangement son feutre à l’esthétique difforme et peu conforme avec l’excellence de sa tenue vestimentaire quand Calas saisirait non pas la couronne de son haut de forme mais son cylindre.
Mais dans ce cas, rien ne saurait remplacer une rencontre de chair et de pigments au Musée Fabre de Montpellier…
oeuvre1visible
Source iconographique : http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Gustave_Courbet_010.jpg
15:19 Ecrit par André HOUILLE dans analyse iconologique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : analyse iconologique, réalisme, courbet
27.10.2008
LA FIAC OU LA VIE ?
Ou de l’art de parler quand on a rien vu…
Il en va de l’actualité comme d’une envie de pisser. Le besoin pressant enfin satisfait, est aussitôt oublié. Ingratitude de notre mémoire sélective…
Quoique, certains d’entre vous se sont peut-être retenus jusqu’à plus soif le week-end des 25 et 26 octobre ?
De la cour carrée du Louvre en passant par le jardin des Tuileries, du Jeu de Paume à Art Élysées en bifurquant par l’Espace Cardin pour atterrir au Grand Palais ; Paris fêtait l’art contemporain dans l’idée de rivaliser avec les plus grandes foires internationales.
Des files d’attente interminables en ce dimanche matin ensoleillé certes, mais pas une seule pissotière en vue, pas la moindre officine du designer JC Decaux pour
se soulager de ses humeurs malignes…
« Art contemporain : Paris s’éclate. » titrait dès vendredi le journal Libération, apprêté (pour l’occasion ?) d’un costume en papier glacé, « un papier habituellement réservé aux magazines » précisait Laurent Joffrin dans son éditorial.
Soit l’accord subtil de l’encre d’imprimerie et la profondeur des noirs de l’annonce publicitaire de la maison Chanel partenaire de l’événement « collector ».
Mais pour « s ‘éclater », il fallait sans doute s’être muni de la carte sésame de journaliste ou du laissez-passer d’un grand collectionneur.
N’étant détenteur que du « laissez-passer, laissez-pisser» (véridique : vérifiez par vous mêmes) concocté l’année dernière par Annette Messager pour les adhérents du Centre Pompidou, je finis par me résoudre à l’évidence : on voulait me faire prendre des vessies pour ce que vous savez.
C’est qu’il fallait quand même débourser la somme modique de 25 euros sans compter les 15 euros de droit d’entrée à Art Élysées et je ne sais rien des tarifs du Show Off de l’Espace Cardin ou encore de la manifestation Slick inaugurée dans le même temps au Centquatre.
Récapitulons :
D’ici l’année prochaine, trois éventualités s’offrent à moi. Créer une gourde tendance multi-usage, prendre la succession de François Pinault ou réserver mon billet avant même le festival de Bayreuth…
En attendant de m’atteler à ce faisceau de bonnes résolutions, je décidais d’appliquer l’une des recettes prodiguées par Andy Warhol dans son livre « Ma philosophie de A à Z ». Ce fin connaisseur qu’il était en roublardise et autres mondanités (à ce propos, lire le livre de Hector Obalk chez Champs Flammarion) nous y invite à endosser le rôle de Little Big Man. Se promener dans Central Park les jours de pluie, faire ses courses de préférence vers minuit, bref aller là où l’événement ne se fait pas.
C’est ainsi que traçant ma route rue Royale, je me présentais à la Pinacothèque où il était possible de découvrir une étonnante exposition consacrée à Jackson Pollock et le chamanisme.
Passionnant cheminement de Pollock au cœur des civilisations dites primitives, quête picturale et philosophique d'un retour aux valeurs ancestrales en accord avec la nature, apothéose au travers du "driping" et du principe du "all over" quand les travaux antérieurs me paraissent encore inaboutis et sans doute trop emprunts de l'influence de André Masson.
Pourtant une autre découverte m'attendait...
Quelle ne fût pas ma stupéfaction, quand revigoré une heure et demi plus tard, j’avisais sur le parvis de l’église de La Madeleine une queue de visiteurs.
On m’expliqua que le trottoir jouxtant la Pinacothèque étant trop peu large, on les avait prié de faire ici le poireau comme de simples paroissiens…
oeuvre1visible
20:11 Ecrit par André HOUILLE dans promenade | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fiac, pollock, expositions, art contemporain
Coup d'oeil sur le Sial 2008
Nous sommes allés jouer nos curieux au SIAL, édition 2008, qui a ouvert ses portes le 19 octobre dernier. Après une journée de clics photographiques à travers les allées, de découvertes organoleptiques et de rencontres, une évidence s’est imposée : aujourd'hui, assiette et santé ne font plus qu’un.
Le lien entre alimentation et santé s’est en effet largement tissé au sein de nos pays développés. Du Japon en passant par la France et les Etats-Unis, aujourd’hui, la pression à la responsabilisation alimentaire de chacun se fait de plus en plus pressante, d’autant plus que les messages de spécialistes en nutrition sont clairs : la santé passe par l’assiette.
Oui, mais comment remplir cette fameuse assiette ?
Les Français, les Italiens et les Japonnais vous diront de jeter un coup d’œil à la traçabilité, à l’origine des produits. Le bio, l’écolo, les produits locaux ou issus de l’agriculture raisonnée qui sont naturellement riches en oméga 3, minéraux, vitamines, indispensables au bon fonctionnement de l’organisme, les séduisent ! La fonction santé s’opère ici tout naturellement. Mère nature aura pris soin de tout.

De leur côté, les anglosaxons seront davantage attentifs à la composition nutritionnelle des produits, à la teneur en acides gras essentiels, en protéines, DHA… Les packs s’ornent dès lors de macarons « Fat free », ou autres « Low in Suggar ». La fonction santé glisse vers une tendance « médicale » où l’origine s’efface au profit de la composition de l’aliment.

Quelle que soit l’approche – « médicale » ou naturelle –, un point commun : le plaisir reprend ses droits. Hier antagonistes, plaisir et santé se marient cette année dans une multitude de produits… c’est la Gourmand’health !
10:05 Ecrit par Antoine ROUAN dans Tendances | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sial, santé, alimentation, tendances, nutrition, plaisir, gourmandise

